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JE M'EMPRESSE DE RIRE DE TOUT DE PEUR D'ETRE OBLIGE D'EN PLEURER

 

Jeudi 30 décembre 2004

Il est de tradition, en Alsace, de faire des petits gâteaux secs à l'approche de noël. Apparemment, il existe une quantité infinie de sortes, ce qui fait qu'ils sont, en fait, très personnels. Ainsi, 3 collègues nous avaient fait le plaisir de nous en rammener. Et la conclusion de tout ça, c'est que les petites gâteaux sont vraiment représentatifs des personnalités.

La première (dont je vous ai déjà parlé, celle qui est religieuse à fond et qui pleure tout le temps) nous a ramené des petits gâteaux tristes, tous pâlichons, sans forme, avec, sur certains, une petite cerise confite qui ne parvenait toutefois pas à égayer ces petits gâteaux. Il n'y avait que deux ou trois sortes, ce qui fait qu'ils étaient lassant, en plus d'être insipides et sans saveur. Des petits gâteaux qu'on mange par politesse, mais dont l'intérêt est plus que limité.

La seconde (je ne crois pas vous en avoir déjà parlé) avait préparé des petits gâteaux plus variés: il y avait des petites meringues, des tuiles, plus divers petits sablés. Il étaient un peu plus jolis ces gâteaux, mais tous de la même couleur aussi: pâles. En plus, ils présentaient la particularité assez singulières d'être étouffant, mais étouffant. Heureusement que j'étais à proximité d'un robinet quand je les ai mangé, sans quoi je ne serai pas là pour témoigner. C'était incroyable, on aurait dit qu'elle les avait coupé avec du ciment.

La troisième avait fait pleins de petits gâteaux variés, colorés et légers. Et c'est là que je me rends compte que ma sociologie de la personnalité en fonction des petits gâteaux ne fonctionne pas, car ces petits gâteaux n'étaient pas tartinés d'une couche de peinture épaisse comme une cuisse d'Amélie Moresmo, et ce, contrairement à leur cuisinière.

Martine n'en avait pas amené. Bizarrement, elle n'aime pas ses collègues (comme quoi, le monde est bien fait, puisque c'est réciproque). Mais si elle en avait fait, je suis sûr qu'elle aurait réussi l'exploit de faire des petits gâteaux totalement vides.

Sinon, on a eu une stagiaire ce mois-ci, une de ces espèces de filles qu'on croit tout d'abord timide, mais dont on se rend compte ensuite que si elle se taisent, c'est plus par absence de chose à dire que par timidité. Elle est habillé d'un jean visiblement beaucoup trop petit pour elle, ce qui montre à chacun le string blanc en dentelle qu'elle enfile (pour une fois que c'est elle qui enfile… désolé). En même temps, c'est normal qu'elle vienne ici avec son principal outil de travail. Et cette fille, qui fini sont stage demain, a ramené ce matin un superbe gâteau au chocolat qu'elle a fait elle-même. Et bien, le gâteau, il était très joli d'aspect, mais alors… plein de vide et absolument sans aucun goût. Un peu comme cette pauvre fille, qui tend le matin une main molle et froide (au début, j'ai cru que je serrais un poulpe coincé dans une capote). Cette fille arrive à déployer une mollesse inconnue jusqu'à présent. Une année, on avait eu une stagiaire qui ressemblait à un congélateur sur pattes, les cheveux longs en plus. Elle s'appelait Sandra. Et vous me connaissez, vous savez que je n'aime pas critiquer gratuitement, mais j'ai été obligé de me rendre à l'évidence: Sandra, elle était peut-être grosse et moche, mais elle était efficace.

Matthieu

par Matthieu C. publié dans : le bureau
Mardi 28 décembre 2004

Et oui, après les congés de noël, faut bien revenir au bureau pour le dur labeur quotidien. Et je peux vous dire que pour un retour en fanfare, ça a été un retour en fanfare. En fait, j'ai rattaqué hier, et j'avais oublié que chaque jour apportait son lot d'émerveillement et de surprises.

Pour commencer, le chef a eu la délicieuse idée d'acheter des plantes artificielles pour égayer l'ambiance dans le bureau (à  mon avis, seule une dose massive de prozac permettrait d'arriver à  ce résultat, mais bon…). Mais pas des petites fleurs, non, des arbustes de 2 mètres de haut. Et c'est quand on voit les fleurs violettes en tissu nylon qu'on se rend compte que, décidément, le chef est un homme de goût. Plus kitsch, après, y'a le portrait de Dalida sur plaque d'alu, ou des petites vierges en plastique pour mettre de l'eau bénite. Bon, il n'a pas pris non plus que des fleurs violettes, il en a pris des jaunes. Et ben, autant les violettes sont moches et mal faites, autant les jaunes sont à  vomir. Une espèce de jaune poussin sur lequel un psychopathe aurait lancé de la peinture marron (ou autre chose, mais restons dans la poésie).

Jean-Claude, le national socialiste, a reçu, de la part de sa famille, un téléphone portable. Non, mais, franchement, faut être con pour offrir un portable à Jean-Claude. C'est un peu comme si on offrait un traité de psychanalyse lacanienne à Lara Fabian. Le pauvre Jean-Claude, la première chose qu'il m'a demandé, c'est "combien ça coûte un truc comme ça?" J'ai failli répondre "trop cher pour vous l'offrir". Il a 59,5 ans, et il ressent le besoin puéril d'exhiber son cadeau de noël en s'inquiétant du prix. En plus, vu le portable (samsung à clapet), c'est un truc qui a pas coûté plus de 70 €. Le pire a été atteint ce matin, puisque ledit portable a émis un petit carillon criard et disgracieux toutes les 5 minutes entre 8 heures et 9 heures 10, jusqu'à  ce qu'il comprenne qu'en fait, la batterie était vide. J'ai cru que j'allais lui faire bouffer son portable qui clignote, ce qui est pratique pour le retrouver (alors là, c'est très con; parce que le portable fait 10 cm de haut, et la lumière qui clignote faiblement à  peine 1 cm. Alors si déjà t'es miro au point de pas voir ton portable, c'est pas la loupiote qui va t'y aider).

Enfin, je dois avouer qu'un miracle de noël a eu lieu. Oui, c'est vrai, j'ai dit que les miracles de noël n'existaient pas, qu'il ne fallait pas sombrer dans la naïveté, j'ai même été, aux dires de certains, sinistre. Mais j'avoue, j'ai eu tort. Le miracle de noël existe, et il a touché Martine (oui, en même temps, c'est elle qui en avait le plus besoin hein, comme quoi les miracles de noël ne frappent pas au hasard).

Elle m'a dit: "hier [dimanche], j'ai pensé à  toi à  cause de la neige".

Et que Martine pense, je ne sais pas vous, mais moi, j'appelle çaa un miracle.

Matthieu

 

par Matthieu C. publié dans : le bureau
Jeudi 9 décembre 2004
 

Oui, je sais, ça vous bouleverse pas, mais moi, de l'apprendre… oui c'est vrai, je m'en fout.

Bon, elle me l'a pas dit comme ça non plus, faut pas abuser. En fait, on discutait du chef qui a un 6ème sens pour détecter les gens qui vont pas fort. C'est vrai, ça s'appelle une "personnalité sadique". Donc, Martine me raconte qu'une fois, des collègues ont été obligés de la ramener chez elle, pour qu'elle puisse prendre des calmants. J'ai pas osé demandé si c'est depuis ce jour qu'elle souffre d'un dérèglement des neurones, mais le cœur y était. Là dessus, elle rajoute:

"Oui, parce que quand j'avais mes règles, je pleurait très facilement, pour un oui ou pour un non, alors que d'habitude non".

Si c'est quand elle avait ses règles, j'en ai déduit qu'elle ne les avait plus maintenant.

 

Une question quand même: les femmes sont-elles obligées de parler de leurs menstruations avec le premier pauvre mec qui passe? Non, parce que moi, je veux bien parler du fonctionnement de ma bite mon appareil génital avec Martine s'il faut: "Oh, c'est sûr, mais moi, je me suis levé avec une érection…". Ca pourrait être sympa des sujets de discussion comme ça.

Et puis, il se trouve que Martine avait froid (elle était en pantalon et en pull). Elle me dit: "Je vais aller mettre un T-shirt". Sur le coup, j'ai pas bien compris, je me suis dit que son cerveau agonisant avait sans doute tenté de me faire passer un message, et que je le décoderai plus tard. Mais non, en fait, Martine était juste en pull (et en soutien-gorge certainement, puisqu'elle porte toujours des soutien-gorge dont les bretelles sont en plastique transparent, ce qu'elle trouve élégant mais qui est en fait encore plus moche qu'un soutien-gorge de grand-mère), et elle a passé un T-shirt dessous, T-shirt qu'elle m'a fièrement montré, pour me faire comprendre que maintenant elle avait chaud.

 

Sinon, dans ce bureau de cinglés, le chef a trouvé une nouvelle blague à afficher: on voit une femme voilée qui porte une cabine téléphonique sur son dos. Un homme basané est en conversation avec quelqu'un, il lui dit: "allo mohammed, c'est Mourad, t'es où", et le titre de cette joyeuse blague est "Le téléphone portable arrive en Algérie". Desproges disait: "on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui". Je ne suis pas d'accord. En fait, on peut rire de tout, avec n'importe qui, mais à la seule condition que ce soit drôle. Et là, franchement, on est plus dans le mauvais goût que dans l'humour. Mais bon…

 

Sinon, Martine a eu des bouffées  de chaleur tout l’après-midi. Oui, après avoir mis un T-shirt sous son pull, madame avait chaud. J’ai pas osé lui demander si elle prenait des hormones pour lutter contre les effets de la ménopause (on prend bien des hormones dans ce cas là non ?), mais à ce moment là, une autre collègue a parlé de son village, où il y a même un gynécologue (cette collègue là a une fois téléphoné pour prendre rendez-vous pour une mammographie, mais comme la secrétaire médicale avait pas l’air de bien comprendre, elle a demandé son rendez-vous si fort que presque tout le monde a entendu). Je pense que je vais leur apprendre le mot « pudeur » à ces collègues.

 

Quand je pense que sur certains blogs on traite de sujets politiques, philosophiques, éthiques, et que sur mon blog, je parle de la ménopause de Martine, ça me fait quelque chose quand même.

 

Matthieu

par Matthieu C. publié dans : le bureau
Jeudi 18 novembre 2004

Comme vous le savez, mon chef est un personnage plein d’humour. Aujourd’hui par exemple, il a trouvé hilarant d’afficher une feuille A4 sur laquelle était imprimé : « ici, nous avons tous le SIDA (Salaire Inchangé Depuis des Années) ». Le dernier truc qu’il avait fait, c’était de distribuer un appel au boycott de TF1 lancé par l’assemblée des évêques de France.

 

Plutôt que d’aller le voir avec une réaction juste mais indignée, je vais lui bricoler un petit truc : sous sa feuille, je vais en afficher une autre (intitulée ‘pour rire encore plus’) dans laquelle je rappelle quelques chiffres (40 millions de personnes qui vivent avec la maladie, 3 millions de morts par an, 64% de contamination dans des rapports hétérosexuels, complications : infections, cancers, décès). En bas de cette page, je vais coller un préservatif, ce qui ne manquera pas d’indigner une ou deux collègues.

 

Pour avoir un préservatif, je suis allé à la pharmacie (oui, c’est là qu’on les trouve en principe).

Là, une jeune fille s’approche pour me servir (oui, j’avais un peu peur d’avoir à faire à la vieille, un peu sourde mais qui surtout n’aurait pas compris : ‘un quoi ?’ ‘un préservatif’. ‘Mais qu’est-ce que c’est ?’ et je me voyais mal mimer dans la pharmacie bondée). Je lui demande donc une boîte de préservatifs.

A partir de ce moment là jusqu’à la fin, je n’ai plus vu ses yeux. Elle a baissé la tête dans un signe de repentir (‘doux jésus, pardonnez-moi, mais je dois bien gagner ma vie hein ?’) et m’a demandé de la suivre. Arrivée devant une immense armoire (dans le magasin quand même), elle a ouvert un tout petit tiroir puis m’a demandé de sa plus petite voix « vous avez une préférence ? ». Ici, j’avais le choix entre deux possibilités de réponse :

- « Comment ça ? » pour avoir le plaisir d’assister à un cours sur le préservatif par cette pauvre fille apeurée.

- « Non, c’est pour mon chef » ce qui n’aurait pas manqué de provoquer une rumeur dans le village sur la vie sexuelle dissolue de mon chef.

Comme j’ai eu pitié de cette fille, je n’ai rien répondu. Elle prend donc une boîte de préservatifs (une boîte de 3) du bout des doigts, le ramène à la caisse comme si elle avait porté le saint suaire, et passe l’objet au lecteur de code barre. Et là, elle m’annonce : 2 €.

Je trouve que c’est quand même un peu abuser, cette pharmacie : une vendeuse qui a honte quand on parle capote, lesquelles capotes sont cachés dans un tiroir, et en plus, 2 € les 3, ça fait cher ! A ce prix, là, faut pas les bouffer (quoi que…)

 

Bref, tout ça pour dire que j’ai pas passé une journée passionnante. Heureusement qu’il y avait Martine, qui a déclaré (à propos des enfants élevés par un couple dont les deux personnes sont du même sexe) :

« Je pense que dans les pays nordistes, il mènent des expériences ».

Oui, Martine pense (c’est ce qui m’a le plus surpris dans cette phrase), et elle parle des pays nordistes (oui, parce que les mots qui prennent un ‘q’, elle connaît pas). Je vous parle même pas de ces ‘expériences’, la seule expérience qu’elle ait jamais connue, c’est quand on lui a recherché un cerveau.

 

Matthieu

par Matthieu C. publié dans : le bureau
Mardi 26 octobre 2004

Bon, aujourd’hui, j’ai pas trop trop envie de me fouler pour écrire ma note. Pour me justifier, mon boulot consiste à expliquer des trucs comme ceux-là. Vous verrez, après, vous comprendrez que j’ai pas trop trop envie d’écrire certains soirs :

 

- Le décret n° 2002-232 du 21 février 2002 (titre III article 5 II) précise qu’à défaut de la mention de ce taux dans le marché le taux applicable est égal « au taux d’intérêt de la principale facilité de refinancement appliquée par la Banque centrale européenne (BCE) à son opération de refinancement principal la plus récente effectuée avant le premier jour de calendrier du semestre de l’année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de sept points ».

 

- Je me permet de vous rappeler que le décret 2003-301 du 2 avril 2003 précise, en son article 412241 « paiement des acomptes jusqu’à 70 % du montant initial du marché toutes taxes comprises », paragraphe 3 « acompte sur un autre marché » point c2 « acompte calculé sur la base de situations périodiques » que doit être joint, à l’appui du mandat un « procès verbal ou certificat administratif établi conformément à l’annexe D, signé par l’autorité compétente pour passer le marché ».

 

- Le décret n° 2004-679 du 9 juillet 2004 portant attribution à compter du 1er juillet 2004 de points d’indice majoré à certains personnels civils et militaires de l’Etat, des personnels des collectivités locales et des établissements publics d’hospitalisation (paru au Journal Officiel du 10 juillet 2004) supprime l’indemnité différentielle pour les emplois de catégorie C rémunérés sur la base du premier échelon de l’échelle 2 à l’indice 262. Ce décret fait désormais correspondre à l’indice brut 245 (indice de rémunération du premier échelon de l’échelle 2 des emplois de catégorie C) l’indice majoré 263.

 

- La rémunération du maître d’œuvre est réduite selon les modalités ci-dessous :

« produit de la rémunération correspondant aux éléments de missions postérieurs à l’attribution des marchés de travaux par la différence entre l’écart constaté et l’écart toléré divisé par le coût constaté, conformément à la formule ci-après :

r =R x (Σe) x Ec-Et »

               Cc

 

En cas de cession ou de nantissement effectué conformément aux articles L. 313-23 à L. 313-24 du code monétaire et financier, la notification prévue à l’article L. 313-28 de ce code est adressée au comptable public assignataire désigné dans le marché dans les formes fixées par le décret en Conseil d’Etat prévu à l’article L. 313-35. Elle doit reproduire les mentions obligatoires du bordereau prévu à l’article L. 313-23.

 

Si à tout ça, vous ajoutez la déclaration de Martine aujourd’hui à propos de sa fille, vous comprendrez que je laisse une place à Roger.

La déclaration de Martine à propos de sa fille, c’était quoi ? La voilà, mais attention, c’est de la fille de Martine dont on parle, donc ne soyez pas surpris. Martine nous a donc raconté ceci :

- « Aude se sentait un peu seul dans son appartement. Elle voulait une compagnie, alors elle a prit une plante verte ».

 

Matthieu

par Matthieu C. publié dans : le bureau
 

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