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JE M'EMPRESSE DE RIRE DE TOUT DE PEUR D'ETRE OBLIGE D'EN PLEURER

 

Dimanche 12 septembre 2004
 

C’est vrai, je pourrais faire des choses beaucoup plus intéressantes que rester devant l’ordinateur à écouter de vieilles chanteuses toutes décédées (bon, ok, Georgette Plana n’est pas morte, mais enfin, il faut quand même reconnaître qu’elle est plus près de la tombe que de la première communion).

Bon, bref, pas besoin de tergiverser plus longtemps, je me fais chier comme un rat mort m'ennuie un peu.

 

« On l’appelait le dénicheur, il était rusé comme une fouine, c’était un gars qui avait du cœur, et qui dénichait des combines… » continue Georgette dans mon ordinateur.

Pendant ce temps, dans le monde, des gens se quittent, des enfants naissent, des étudiants planchent sur Schopenhauer ou sur Nietzsche, et moi, j’écoute l’intégral de Georgette Plana.

 

Bon, ça pourrait être pire : je pourrais être en train de lire le livre de Nadine Trintignant « Marie, ma fille ». Si Marie Trintignant avait lu ce livre, elle serait morte de honte. Ce livre s’adresse à Marie Trintignant. Nadine lui parle tout le long de son passé (à Marie), de ses amours avec un total manque de pudeur. Bon, ok, Marie elle s’en fou (non François Valéry, elle ne danse pas Marie), mais voir écrit « oh ma fifille », « pardon mon amour » sur 145 pages, ça a de quoi lasser.

 

« Zaza, c’est une femme, pour qui les hommes sont des joujoux ou des pantins »…

Marie aussi aimait les hommes. Et Bertrand Cantat est bel et bien le dernier des salauds. Mais ça, on le savait. Alors, pourquoi ce livre ?

Me Kiejman le sait : actuellement, les procès se déroulent autant devant les caméras que dans les salles d’audience. Et la salle d’audience étant loin de la France, il fallait occuper le terrain médiatique. Ainsi fut fait, et le résultat est là : une douleur étalée sur un livre entier, comme un kyste. Oui, finalement, ce livre n’est pas un livre : c’est un kyste littéraire.

 

« J’aime tes danses et ta musique, E VIVA ESPANA, tes belles histoires romantiques, E VIVA ESPANA… »

Mais on a le droit de savoir ce qu’est la douleur d’une mère non ? Elle a le droit de s’exprimer et de se raconter ?

Oui, certainement. Mais penser que des auteurs pleins de talents sont refusés uniquement parce qu’ils ne connaissent personne dans ce milieu (non, je ne parle pas pour moi), et que, d’un autre côté, Nadine Trintignant peut publier un livre sans aucun intérêt autre que celui de dévoiler les détails les plus intimes et les plus sordides de la vie de sa fille, ça me déprime.

« La fille du bédouin, suivait nuit et jour, cette caravane, elle mourrait d’amour pour un jeune bédouin de la caravane… »

Mais ce livre ne peut-il pas être le moyen de savoir, pour les enfants de Marie Trintignant, qui était leur mère, comme le déclare Nadine ?

Oui, mais si tous les gens qui ont des choses à déclarer à leur famille écrivaient un livre et le publiaient, ça serait un beau bordel on arriverait vite à saturation dans les librairies. Et puis, si écrire un livre est la seule manière de communiquer dans la famille Trintignant, pas besoin d'infliger ces livres aux lecteurs.

 

Bref, j’écoute Georgette Plana en ce dimanche de merde pas terrible, mais ça pourrait être pire : je pourrais lire Nadine Trintignant.

 

Matthieu

par Matthieu C. publié dans : la littérature
 

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