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JE M'EMPRESSE DE RIRE DE TOUT DE PEUR D'ETRE OBLIGE D'EN PLEURER

 

Samedi 29 janvier 2005

Loin du bordel médiatique déclenché par la commémoration de la libération des camps, loin de PPDA marchant en direct sur la voie de chemin de fer devant Auschwitz, un livre de Primo Levi à la main, loin des cérémonies commémoratives commentées (comment peut-on foutre des gens pour commenter une cérémonie), je vous propose quelques livres.

Le premier, « Laisse moi partir, mère » de Helga Schneider.

Je commence par la fin :

« tu restes encore un peu ? »me demande-t-elle avec une larme qui perle à l’angle de son œil droit.

Sa voix est parfois si triste,si humble.

« Oui.

-Je ne veux pas manger,reprend-elle. Je veux que tu restes encore avec moi. Tu restes encore longtemps ?

-Je reste encore… un peu,fais-je vaguement »

C’est l’histoire vraie de la rencontre entre Helga Schneider et sa mère, qui ne se sont pas revues depuis 27 ans, depuis 1971. Helga Schneider rend visite à sa mère, dans une maison de retraite.

Si elle a tant de mal à venir voir sa mère, à l’appeler maman, c’est parce que la mère de Helga Schneider était dans la SS, surveillante dans divers camps de concentration (Treblinka, Auschwitz…). Et cette mère ne regrette rien. Dans ce livre très dur, la fille et la mère vont se livrer à une sorte de chantage. La fille veut savoir, la mère veut en dire le moins possible. Pourtant, pour la retenir, la mère va lui raconter, par passages, en réponse à des questions. Elle va lui raconter le bordel d’Auschwitz, le zyklon B qui n’agissait pas complètement sur tout le monde, le 4ème four crématoire de Birkenau, celui qui n’avait pas de fours, mais qui était uniquement une fosse remplie de braise, les expériences médicales à Treblinka…

Helga Schneider veut savoir. Elle ne cherche pas à comprendre, car il n’y a rien à comprendre. Lors de leur rencontre en 1971, sa mère lui avait mis beaucoup de bijoux en or dans les mains « en cas de besoin ». Lorsque Helga Schneider a compris d’où venait cet or, elle l’a lâché, ce que sa mère n’a pas compris.

Cette mère qui avait abandonné ses enfants et son mari pour entrer dans la SS et devenir une terrible gardienne. Il suffit de lire les passages où elle justifie ses xxx contre les juifs. Elle va chercher à justifier la mort des enfants (de toute façon, explique-t-elle avec détachement, ils auraient grandi et donné des juifs adultes), ainsi que sa place au sein de la SS.

Cette mère se mettra à pleurer quand sa fille refusera de l’appeler maman, et va, tout au long de la rencontre, se livrer à un chantage, du style : je te raconterais les expériences médicales de Treblinka si tu m’appelles maman, je te parlerais du 4ème Krema si tu restes encore…

De ce jeu morbide, Helga Schneider ne tirera rien. Que faire face à une mère qui tente, par des arguments erronés, de justifier xxx. Elle n’en tirera rien,sauf ce livre dur et terrifiant.

Matthieu

Primo Levi disait qu' "il faudrait inventer un nouveau langage pour décrire Auschwitz". Ce langage n'ayant pas été inventé, il me manque des mots. C'est pourquoi il y a des xxx dans cette note, pour remplacer les mots que je ne trouve pas.

 

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