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JE M'EMPRESSE DE RIRE DE TOUT DE PEUR D'ETRE OBLIGE D'EN PLEURER

 

Dimanche 8 mai 2005

Un jour, l’agence d’intérim m’appelle en me demandant si j’étais disponible pour aller travailler deux jours chez un paysan. Bon, comme j’avais rien d’autre à faire, j’ai accepté, et c’est ainsi que j’ai passé deux jours à ranger des pommes dans un hangar.

 

C’était donc le mois de février, et le hangar était ouvert de part et d’autre. Comme il avait neigé peu avant, je vous raconte pas comme il faisait froid. Le boulot était simple (oui, quand on est intérimaire bas de gamme, on n’a que des boulots simples) : trier les pommes qui venait du frigo (oui, évidemment, pour les conserver entre la date de ramassage et la date d’emballage, il faut les foutre au frigo ces connes de pommes) en trois catégories : vendables (c'est-à-dire présentables et pas du tout abîmées), pas vendables mais avec lesquelles on peut faire du jus de pomme (oui, c'est-à-dire un peu abîmées, mais pas complètement) et pour les cochons (les complètement spongieuses, dans lesquelles la main s’enfonce avec une facilité déconcertante).

 

Etant le seul homme parmi les intérimaires, c’est moi qui devait porter les caisses pleines (en plus du tri) et remettre des vides dans le circuit. Bon, on s’en fout un peu, mais c’était juste pour dire qu’avec le froid ambiant, le froid des pommes sortant du frigo et les caisses à porter, je ne sentais plus mes mains (au sens figuré hein, parce que au sens propre, mes mains puaient la vieille pomme). J’ai donc travaillé deux jours dans ce hangar.

Le premier jour, bonne ambiance, y’avait la radio, on a pu faire une pause café à 10 heures (et c’est la paysanne qui a offert le café). Mais le lendemain, la vieille a prit un coup de speed et elle nous a supprimé la radio, la pause café et le droit de parler.

Prévoyant, j’avais pris des gants pour pas avoir froid aux mains. Résultat : j’ai niqué les gants, qui étaient pleins de morceaux minuscules de pommes pourries, et il a été impossible de les ravoir.

 

Mais le plus beau, ça a été quand la paysanne a fait une inspection de nos caisses : les plateaux destinés à la vente, les caisses destinées à faire des jus, et le seau en fer pour les pommes pour les cochons… Parce que pour elle, une pomme au Ÿ pourrie, qui suinte de tous les côtés n’est pas pour les cochons, mais pour faire des jus. Ce qui fait que se sont retrouvées dans les caisses à jus des pommes que j’aurais pas donné à mon chien, si tant est que j’en ai eu un.

 

Alors les gens qui me racontent qu’ils vont acheter leurs produits chez le paysan, parce que c’est plus sain et tout, ça me fait un peu rire hein. Parce que y’avait rien de plus sale que ce hangar, et ces caisses de pommes pour faire du jus.  A part Odile. Mais Odile, c’était pas une caisse, c’était un cageot.

 

Matthieu

 

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