Et le contrôleur était entré… Elle lui avait souri, l’avait suivi, et, au bout du couloir, lui avait glissé trois mots :
Et c’est vrai qu’elle était mignonne avec son jean et sa chemise qu’elle avait subrepticement ouvert jusqu’au troisième bouton. Le contrôleur avait rougi (il était encore plus mignon quand il rougissait), lui avait touché la cuisse de la main, et l’avait entraîné dans les toilettes qui se trouvaient après la porte coulissante.
Une fois dans les toilettes, elle avait ôté son chemisier rouge, laissant apparaître ses seins qui n’étaient retenus par aucun soutien gorge… Il l’avait embrassé, caressé, elle avait baissé son jean et sa culotte, il avait laissé tombé son jean et son caleçon sur ses chaussures, ils s’étaient touchés et enlacés, puis il l’avait prise, elle les mains contre le miroir, lui derrière elle… Elle avait joui, il avait joui, ils s’étaient embrassés une dernière fois.
Lui avait remonté son pantalon, elle s’était rhabillée, elle était sortie la première, lui faisant un petit signe pour lui indiquer à la fois que la voie était libre et pour lui dire au revoir…
Elle était retournée dans son compartiment, et n’avait plus revu le contrôleur. Elle avait espéré le retrouver à l’occasion du retour. Les obsèques s’étaient aussi bien passées que des obsèques peuvent se passer (elle était demeurée digne, sa mère avait pleuré, les oncles, tantes et cousin avaient tenu leur rôle de figurant dans cette grande comédie qu’est un enterrement). Elle était resté 3 jours avec sa mère, puis, ne tenant plus dans cette atmosphère qui lui rappelait l’époque atroce où elle avait 16 ans, avait fait le choix de rentrer sur Paris.
Le contrôleur qui s’était présenté dans le train qui la ramenait chez elle n’avait rien à voir avec le jeune qui lui avait fait connaître les joies et les peines de l’assaut érotique. Une énorme moustache semblait avoir été placée là dans le seul but de l’enlaidir, il puait la mauvaise vinasse et était désagréable…
Elle revint aux personnes qui se trouvaient avec elle, dans le compartiment qui l’emmenait pour la dernière fois chez sa mère. Une jeune homme était entré peu avant. En fait, elle n’en était pas sûre, mais toujours est-il qu’il avait dû rentrer pendant qu’elle était perdue dans ses rêveries pleines de souvenirs. Il ressemblait étrangement au jeune contrôleur, avec les mêmes cheveux coupés courts, le même sourire qu’il lui avait adressé lorsqu’elle avait levé la tête vers lui, et sensiblement a même taille…
Dans le compartiment, se trouvait aussi une vieille femme, qui devait avoir pas loin de 80 ans, qui se tenait droite en consultant femme actuelle avec le même sérieux que si elle lisait la sainte bible. Elle ne faisait pas attention au reste du compartiment, elle ne s’était même pas donné la peine de répondre au « bonjour madame » de Cly lorsqu’elle était entrée.
Et si tout était possible ? Et si elle recommençait avec un autre ce qu’elle avait déjà fait 30 ans plus tôt ? Bien sûr, elle avait trente ans de plus, des lunettes qu’elle ne portait pas que pour lire, et une tenue un peu plus décente… Mais après tout, elle pouvait être toujours aussi désirable non ? Elle ferma les yeux et s’imagina suivre le jeune homme, pour aller s’enfermer avec lui dans les toilettes du train, et vivre un instant uniquement sexuel qui laisserait le romantisme bien loin derrière. Son cœur se mit à battre plus fort, elle rouvrit les yeux et souris au jeune homme assis en face d’elle.
A ce moment là, une voix annonça : « Bonjour messieurs-dames, contrôle des billets ! »… Une voix féminine appartenant à une jeune femme d’une vingtaine d’années. Une fois son travail effectué, alors qu’elle sortait du compartiment, le jeune homme assis en face de Cly avait regardé Cly qui lui souriait bêtement avec les yeux derrière les lunettes, avait poussé un soupir dégoûté en la regardant par en dessous pour bien lui faire comprendre que ce ne serait pas son tour, et était sorti derrière la jeune contrôleuse.
Elle ne savait même pas son prénom en fait. Plutôt grand, son costume bleu entourant un corps relativement mince, un sourire fripon au coin des lèvres, et des yeux tout ce qu’il y a de plus communs composaient le contrôleur du 20h12. Il devait avoir 20 ans. Ou 19. Enfin, l’âge de tous les possibles qui ne le sont plus, et des impossibles qui ne le sont peut-être pas encore.
Sa casquette ne laissait apparaître que quelques cheveux châtains qu’on imaginait aisément coupés courts (oui, on n’a jamais vu, et on ne verra jamais, un contrôleur SNCF avec des cheveux longs). Cly lui adressa un grand sourire avant de plonger la main dans son sac à la recherche du billet.
Ce jour là, où elle descendait dans le sud assister aux obsèques de son père, elle avait besoin d’effectuer un acte fort ; elle devait tuer le père. Pour ce faire, elle choisit de baiser le contrôleur.
Ses pensées la ramenèrent vers sa mère. Pourquoi s’était-elle suicidée ? Pourquoi de cette façon ? Cly savait que sa mère perdait la tête depuis des années, elle s’en rendait bien compte lors de la visite annuelle qu’elle effectuait chez son frère Oreste, qui prenait leur mère « pour les fêtes » comme il disait. 3 jours dans le sud de la France, qui la changeait de Paris.
Le petit mot en allemand demeurait mystérieux. Josiane Drüker, professeur de philosophie au collège Les Alexis à Montélimar, n’avait jamais été réputée pour ses idées révolutionnaires. Au début de sa carrière, elle avait bien tenté un coup d’éclat en tentant d’enseigner Feuerbach au cours du chapitre traitant de dieu, mais l’inspecteur d’académie l’avait rapidement fait rentrer dans le droit chemin du consensualisme philosophique mou en lui demandant si elle était rémunérée par l’éducation nationale ou par l’internationale socialiste. Depuis, elle était rentré dans le moule. Alors pourquoi ces mots ? Qu’avait-elle fait pour penser avoir mérité la mort (et à tort en plus) ? Cette question resterait probablement sans réponse, le détergent avalé devant être considéré comme la folie ultime d’une vieille dame qui n’avait déjà plus toute sa raison.
Elle se revit 30 ans en arrière, en cet été de 1975… Assise dans son compartiment en compagnie d’un type qui devait avoir la cinquantaine et d’une jeune fille qui n’avait pas sorti le nez du livre qu’elle lisait, elle s’ennuyait un peu en songeant aux deux années qui venaient de s’écouler depuis qu’elle avait quitté sa famille pour s’installer à Paris, des mises en garde de ses parents contre tout ce qui touchait au sexe, et aux filles de mauvaises réputation. Ces recommandations lui avaient pourries la vie pendant ces deux premières années, avec son père qui l’appelait tous les deux soirs pour savoir ce qu’elle faisait, qui elle voyait, tandis que sa mère, à qui elle parlait en fin de communication, ne manquait jamais de la mettre en garde contre les effets pervers de la révolution sexuelle, qui n’avait même pas besoin d’effets pour être perverse.
Oui, deux années à ne pas vivre, à se demander ce qui se passerait si jamais elle sortait sans en informer ses parents qui vivaient à 600 kilomètres de là, deux années à défendre cette putain de virginité. Et c’est dans ce train qu’elle avait décidé de foutre en l’air ces principes, maintenant que son père n’était plus là pour l’épier. Elle avait regardé le type assis en face d’elle, qui lui souriait bêtement, avec ses yeux globuleux derrière ses lunettes, avait poussé un soupir dégoûté en le regardant par en dessous pour bien lui faire comprendre que ce ne serait pas son tour, et avait attendu.
Le train ne se dirigeait pas à vive allure entre Paris et Lyon. Parce qu’il n’y a que dans les histoires que les trains se dirigent à vive allure entre deux points. Dans la réalité, un train essaie toujours tant bien que mal de rallier une ville A à une ville B, avec quelquefois du retard, et toujours des ralentissements.
Dehors, il faisait nuit. Les passagers du 23h54 ne pouvaient donc pas voir les champs qui s’étendaient à perte de vue (enfin, à perte de vue… il y en avait beaucoup quoi), dont la tranquillité semblait uniquement devoir être perturbée par un train, qui passait à travers eux, imperturbable, aux environs de 01h42. Même les animaux semblaient avoir adopté les horaires du trains, puisqu’aucune souris ne se risquait à emprunter les rails aux alentours de 01h42. C’est ce qui fut fatal à un mulot qui, sûr de lui et des horaires de la SNCF, se promenait sur les rails à la recherche d’une quelconque nourriture à 01h53. Il ignorait que, ce soir là, le train avait du retard pour cause de mécanicien coincé dans une sombre histoire de belle-mère qui devait venir dormir à la maison et qui avait besoin de quelqu’un pour effectuer le trajet gare-maison…
Dans ce train aussi imperturbable qu’un présentateur télévisé annonçant la fin du monde pour le lendemain, Cly ne dormait pas vraiment. Elle ne s’appelait pas vraiment Cly non plus, mais Clytemnestre, sa mère ayant voué toute sa vie une passion débordante aux tragédies grecques. En fait de débordante, maladive aurait été un terme plus approprié. Elle venait de mourir après avoir bu un verre de détergeant en prenant le soin de laisser quelques mots mystérieux écrits d’une main peu habile sur sa table de chevet : « Sokrates wollte sterben: - nicht Athen, er gab sich den Giftbecher, er zwang Athen zum Giftbecher » (« Socrate voulait mourir, ce ne fut pas Athènes, ce fut lui-même qui se donna la ciguë, il força Athènes à la ciguë » Nietzsche, le crépuscule des idoles). Conceptiòn, l’aide ménagère qui venait tous les jours au domicile de Josiane Drüker pour lui ôter les rares moutons de poussières qui trouvaient encore le temps de venir se déposer sous un meuble, trouva le corps étendu sur le lit dans une marre de vomissure, baignant dans une atmosphère pestilentielle, étonnamment bien vêtu, avec un petit mot écrit en allemand sur la table de chevet.
La police ne pu que conclure à un suicide lorsqu’il ressortit que Conceptiòn non seulement ne parlait pas un mot d’allemand, mais qu’elle se trouvait chez son gendre à préparer de la morue salée et du chou à l’heure probable du décès de la vieille dame. Et l’aide ménagère était la seule personne à rendre visite à la vieille dame au caractère délicat.
Les obsèques allaient avoir lieu dans le village de Saint-Gervais-sur-Roubion, situé à 10 kilomètres environ de Montélimar, où sa mère vivait depuis la mort de son père, en 1975.
1975… Elle se souvenait de ce voyage en train (curieuse coïncidence), par lequel elle venait assister aux obsèques de son père. Elle se souvenait de tous les détails de son voyage aller, la peine qu’elle avait furtivement ressentie lorsqu’elle s’était remémorée son enfance, puis l’indifférence dans laquelle elle vivait depuis l’âge adulte. Mais ce qui l’avait le plus marqué dans ce voyage restait tout de même le jeune contrôleur qui était entré dans le compartiment en clamant « Bonjour messieurs-dames, contrôle des billets ! » avec un sourire qui aurait fait fondre une motte de beurre au pôle nord.
Vous allez bien vous ? Moi oui, parce que l'amour est revenu dans ma maison. Avec Geneviève, on a été hier choisir un nouveau chien qui est aussi gentil que l'était cette pauvre Marie-France (paix à son âme, on a été hier à l'église parce que la grosse est catholique, et on a brûlé un cierge pour Marie-France);
Et après, les amis, on a acheté le chien. C'est encore une femelle, parce que comme je disais à la femme qui fait les chiens: "y'a bien que les femelles pour donner de l'amour hein, et puis on est pas des pédés !". Elle a pas du tout rigolé, et j'ai compris que quand j'ai vu une bonne femme sortir de l'enclos des chiens.
Des gouines les amis, on était tomber chez les gouines ! Moi les gouines, j'aime bien dans les films de cul, quand elles se caressent la chatte et tout et tout, mais des gouines qui font des chiens, j'ai pas trop confiance quand même. Et puis, en plus, élever des chiens c'est pas une métier de gouines.
Par exemple, coiffeur, fleuriste, vendeur de vêtements, c'est des métiers de pédés. Ben oui, les mecs qui font ça, soit ils sont très cons, soit ils sont pédés, ce qui est un petit peu pareil les amis, vous êtes d'accord hein (ben oui, faut être très con pour se faire enculer). Mais les gouines, ça fait maçon, ça fait déménageuse, ou ça fait routière, mais ça peut pas faire éleveur de chiens correctement.
C'est ce que j'ai expliqué à Geneviève, mais elle m'a dit qu'une de ses amis avait pris un chien ici et que elle était très contente de la bête. Alors on a choisi notre bébés ici, à Geneviève et à moi, et on lui a donné un beau prénom, puisque on l'a appelée Marie-Reine.
C'est beau ça non les amis ? Et puis, je vous mets une photos, parce que ce bébé, c'est vraiment un beau bébé:

Bon, c'est même plus vraiment un bébé, mais la gouine nous a dit que elle allait s'abituer (le chien, pas la gouine)
A la semaine prochaine les amis !
Roger
>Puisque l'ombre gagne
Effectivement ; contrairement à l'OM, l'ombre gagne.
>Puisqu'il n'est pas de montagne
>Au-delà des vents plus haute que les marches de l'oubli
Leçon de géographie : vous voyez les marches de l'oubli ? Non ? Si, faîtes un effort… Voilà. Bon, et bien, au-delà des marches de l'oubli, il y a des vents (force 2 à 3, mer belle à peu agitée). Et bien, aucune montagne n'est plus haute que ces vents. Goldman, c'est bien, c'est facile à comprendre.
>Puisqu'il faut apprendre
>A défaut de le comprendre
Comme je disais, Goldman est facile à comprendre. Si toutefois vous n'y arrivez pas, apprenez-le.
>A rêver nos désirs et vivre des "ainsi-soit-il"
Goldman, malgré son nom, a été très influencé par son éducation catholique. Dès qu'il entend « ainsi soit-il », il commence à vivre ses désirs. D'où l'expression.
>Et puisque tu penses
>Comme une intime évidence
>Que parfois même tout donner n'est pas forcément suffire
>Puisque c'est ailleurs
>Qu'ira mieux battre ton cœur
Si la personne à qui Goldman s'adresse souffre d'un problème cardiaque, c'est effectivement en service de cardiologie (dans n'importe quel hôpital) que son cœur battra mieux.
>Et puisque nous t'aimons trop pour te retenir
>Puisque tu pars
>Que les vents te mènent où d'autres âmes plus belles
>Sauront t'aimer mieux que nous puisque
>L'on ne peut t'aimer plus
>Que la vie t'apprenne
>Mais que tu restes le même
>Si tu te trahissais nous t'aurions tout à fait perdu
>Garde cette chance
>Que nous t'envions en silence
Note : à ce moment là de la chanson, Goldman monte fortement dans les aigus, et ce passage est quasiment crié. Comme silence, on fait mieux.
>Cette force de penser que le plus beau reste à venir
>Et loin de nos villes
>Comme octobre l'est d'avril
Oui, c'est vrai, octobre est loin d'avril. Autre possibilité « et loin de nos quartier / comme janvier l'est de juillet »…
>Sache qu'ici reste de toi comme une empreinte Indélébile
C'est dire si le garçon qui part était sale…
>Sans drame, sans larme
>Pauvres et dérisoires armes
>Parce qu'il est des douleurs qui ne pleurent qu'à l'intérieur
Contrairement à Goldman qui nous fait larmoyer avec ce texte.
>Puisque ta maison
>Aujourd'hui c'est l'horizon
C'est joli ça : avoir l'horizon pour maison. Le seul inconvénient est l'absence de tout à l'égout de l'horizon.
>Dans ton exil essaie d'apprendre à revenir
>Mais pas trop tard
S'il revient trop tard, la soupe sera froide. Et une soupe froide, c'est dégueulasse, c'est une douleur qui ne se pleure qu'à l'intérieur.
>Dans ton histoire
>Garde en mémoire
>Notre au revoir
>Puisque tu pars
>Dans ton histoire
>Garde en mémoire
>Notre au revoir
>Puisque tu pars
Le public de Goldman a besoin qu'on lui répète plusieurs fois les mêmes choses pour comprendre (un peu comme le public de Plamondon)
>J'aurai pu fermer, oublier toutes ces portes
Oublier une porte ? Ca fait déjà mal. Mais alors oublier plusieurs portes, une seule solution : SOS ALZEIMER : permanence du mardi au samedi de 10.00 à 12.00 au 57, bd de la Marne, résidence Wallach, 03.89.42.79.36 (répondeur tél. 24 h/24)
>Tout quitter sur un simple geste mais tu ne l'as pas fait
>J'aurai pu donner tant d'amour et tant de force
>Mais tout ce que je pouvais ça n'était pas encore assez
>Pas assez, pas assez, pas assez
Confirmation de ce que je disais du public de Goldman. C'était un passage d'émotion frelatée, signé par notre ami Jean-Jacques.


