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JE M'EMPRESSE DE RIRE DE TOUT DE PEUR D'ETRE OBLIGE D'EN PLEURER

 

Jeudi 8 septembre 2005

« Tout doucement, envie de changer l'atmosphère, l'attitude ; tout doucement, besoin d'amour pour remplacer l'habitude ; tout simplement, arrêter les minutes supplémentaires, qui font de ma vie un enfer » chantait Bibie dans la pièce où se trouvait Mauricia Pertuisane. Mais il se passait quelque chose de bizarre : aussitôt arrivée  au mot « enfer », Bibie reprenait depuis le début, et enchaînait jusqu’à « enfer », puis reprenait au début et enchaînait jusqu’à « enfer », puis reprenait… Une incroyable rengaine qui plongeait Mauricia dans un état… dans un état composite en fait. Elle se sentait tellement mal, avec cette incroyable douleur à la tête, cette sensation cotonneuse,  ses muscles qui semblaient résonner dans tout son corps, et ses paupières qu’elle ne parvenait pas à ouvrir… Il fallait qu’elle se frotte les yeux, ça irait mieux après. Se frotter les yeux, se lever, prendre un Efferalgan dans l’armoire de la salle de bain, et surtout, faire le point pour sortir du brouillard de coton dans lequel elle se trouvait, et vaincre cette atroce fatigue qui l’habitait.

 

Elle leva la main vers son visage, mais sa main ne bougea pas. Mais qu’avait-elle fait la veille pour se trouver dans cet état ? Elle retenta l’opération, et ce fut le choc : elle était attachée… Elle prit conscience que la musique n’existait nulle part ailleurs que dans sa tête au moment où elle compris que les coups frappés à la grosse caisse dans la chanson n’étaient en fait que raisonnements des battements de son propre cœur. Et Bibie se tue. Mais pourquoi était-elle (elle Mauricia, Bibie n’étant, à sa connaissance, attachée nulle part) attachée au niveau des mains dans un endroit qu’elle ne reconnaissait maintenant pas ? Pourquoi elle ? Pourquoi ici ? Et d’abord, où ici ? Elle tenta de hurler, de battre des jambes, mais le son qui sortit de sa bouche était ridiculement faible, et ses pieds étaient entravés de la même façon que ses mains… Et ses yeux qu’elle n’arrivait pas à ouvrir pour voir. Voir…

Sa bouche était sèche comme elle ne l’avait jamais été, et ses membres étaient lourds et douloureux… Elle avait bu la veille ? Elle était sortie ? A sa connaissance, non. Elle ne se souvenait pas d’avoir, dans un état second suite à une consommation excessive d’alcool, rencontré un type qui  l’avait emmené chez lui pour l’attacher au lit par les pieds et par les mains… Donc, ce n’était pas un type rencontré en boîte… Mais comment se souvenir avec cette fatigue qu’elle ressentait, et cette tête si douloureuse…

 

Elle secoua ses liens dans tous les sens, pour essayer de faire venir quelqu’un. Parce que quel que soit l’endroit où elle se trouvait, il y avait forcément AU MOINS une personne dans les parages. Au moins la personne qui l’avait attaché. Reliés très près de l’objet sur lesquels ils étaient fixés (apparemment, d’après ce qu’elle en conclu après avoir touché du bout des doigts l’objet, il s’agissait d’un lit), ses liens ne faisaient aucun bruit. Elle tenta de nouveau de crier, et fut rassurée lorsqu’elle entendit l’écho de sa propre voix. Rassurée, mais… Si jamais il y avait de l’écho, c’est qu’elle se trouvait dans une pièce vide. Elle se trouvait attachée à un lit dans une pièce vide, avec la gorge sèche, les membres douloureux et surtout, une incommensurable fatigue, qui ne pouvait venir que d’une substance étrangère introduite dans son corps…

 
Elle se rendormit.
 
[à suivre…]
 
par Matthieu C. publié dans : Nouvelles
 

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