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JE M'EMPRESSE DE RIRE DE TOUT DE PEUR D'ETRE OBLIGE D'EN PLEURER

 

Vendredi 21 octobre 2005

Accroupi dans l’angle de sa cellule capitonnée, les mains entourant ses jambes repliées, et la tête sur les genoux, Euripide Khorthos pensait.

Du dehors, il ne pouvait rien voir. Cela le tranquillisait malgré tout. Le seul inconvénient était qu’il ne pouvait pas surveiller les évènements qui se passaient à l’extérieur de son monde de 3 mètres sur 3. Mais ne pas voir ces évènements le rassurait. Ce qui venait de se produire ne valait pas qu’on risque sa vie dehors. Il se sentait bien plus en sécurité dans cette chambre d’isolement de l’hôpital psychiatrique de Montjoie les Mines que n’importe où à l’extérieur. A part, peut-être, dans le coffre fort d’une banque. Mais il faudrait être totalement fou pour se faire enfermer dans le coffre fort d’une banque pour sauver sa vie. Et complètement fou, Euripide ne se sentait pas. Enfin, il ne se sentait pas plus fou que la plupart de ses congénères qui évoluaient au dehors…

 

Dehors… Il y avait maintenant 3 semaines et 2 jours et quelques heures qu’il ne comptait pas qu’il se trouvait dans cette cellule. Un lit fixé au sol, pas de fenêtre, des toilettes scellées dans un coin, un bureau d’écolier dans l’autre, sur ce bureau, une dizaine de feuilles blanches, un mini  feutre mou qui ne pouvait pas être dangereux, quelque soit l’utilisation qui en était faite (y compris se l’introduire dans les parties les plus insensées de l’anatomie en vue de se faire mal), un porte avec une vitre de 30 centimètres de large sur 10 de  haut derrière des barreaux, tel était son monde. Et il ne s’en plaignait pas. Au contraire. Ici au moins, il se sentait en sécurité.

 

La nourriture lui était amenée trois fois par jour, de la nourriture tiède et souvent sans goût, faite pour qu’il ne puisse pas se blesser avec une partie des aliments (évidemment, on n’a jamais vu quelqu’un se pendre avec de la couenne de jambon, mais le « personnel soignant » comme on disait préférait éviter tout risque d’étranglement volontaire. En fait, il cherchait aussi à éviter tout risque d’étranglement involontaire). Les couteaux ne coupaient pas, les fourchettes ne piquaient pas, et tout ce beau matériel était incassable. Mais à la limite, Euripide s’en moquait. Attenter à sa vie était la dernière chose à laquelle il pensait. Au contraire, s’il était là, c’était pour protéger sa vie ! Dehors, tout était trop dangereux, avec tous ces malades qui traînaient partout !

 

Non, ici, vraiment, il se sentait en sécurité… Avec des infirmiers sympas qui ne l’embêtaient pas trop (ils se contentaient de lui donner son repas), des femmes de ménage qui ne venaient jamais (il prenait soin de ne pas trop souiller la cellule, et avait exigé de ne pas recevoir la visite du personnel ménager) et le psychiatre qu’il avait vu à deux reprises, et avec qui il refusait désormais d'avoir le moindre contact, ce qui faisait beaucoup rire le médecin, ceux-ci étant occupés par ailleurs, en ces temps d’insécurité et de mort.

 

L’idée de venir ici avait germée dès le début. Il savait qu’il devait fuir ce monde qui allait devenir une terre apocalyptique avant que quiconque ne se résolve à agir.

 
[à suivre…]
 

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