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JE M'EMPRESSE DE RIRE DE TOUT DE PEUR D'ETRE OBLIGE D'EN PLEURER

 

Dimanche 30 janvier 2005

Loin du bordel médiatique déclenché par la commémoration de la libération des camps, loin de PPDA marchant en direct sur la voie de chemin de fer devant Auschwitz, un livre de Primo Levi à la main, loin des cérémonies commémoratives commentées (comment peut-on foutre des gens pour commenter une cérémonie), je vous propose quelques livres.

Aujourd’hui, un roman, qui ne parle pas des camps de concentration, qui n’est pas larmoyant comme un commentateur télé à Auschwitz, un livre sobre et digne qui parle de la résistance allemande face aux nazis : Seul dans Berlin, de Hans Fallada.

De ce livre, Primo Levi disait qu’il était « l’un des plus beaux livres sur la résistance allemande antinazie ».

Personnellement, je trouve que ce livre est aussi une farce. Mais pas une farce drôle, une farce terrible et sombre, une farce dont on sait qu’elle va mal se terminer.

En fait, je suis un peu inquiet à l’idée de parler de ce livre. Ben oui, si j’en parle pas assez bien, vous n’aurez pas envie de le lire (alors que tout le mal que j’ai pu dire sur Bernard Werbera aiguisé la curiosité de certaines personnes, et les a poussé à acheter une chose de Bernard Werber. Oui, je dis une chose, parce qu’un livre, c’est ce dont je vais vous parler maintenant).

Nous sommes en mai 1940. L’Allemagne du Reich triomphe partout. Pourtant, dans un immeuble berlinois, des gens continuent à vivre. On trouve les Quangel, les Persicke, Mme Rosenthal, le conseiller Fromm.

Mme Rosenthal, juive, va se cacher quelques temps chez le conseiller Fromm, un personnage un peu énigmatique. Hans Fallada arrive à nous faire vivre les angoisses de cette vieille dame, qui n’en peut plus de se cacher, et qui va se jeter dans lagueule du loup.

Le loup justement, c’est Baldur Persicke, un jeune SS, qui, va dépouiller Mme Rosenthal, terroriser lesconnards qui composent sa famille (des rapaces avides d’or).

Et puis, les Quangel. Anna et Otto. Leurs fils unique est mort, à la guerre. Ce sont eux les personnages principaux de cette cruelle farce. Parce qu’ils vont se venger, à leur manière. Ce couple discret va distribuer des tracts antinazis dans Berlin.

Ils vont se lancer dans la fabrication de ces tracts, car tous seront écris à la main, puis distribués en cachette. En fait, ils ne seront même pas distribués, mais déposés, comme tombés, dans divers endroits de Berlin. De peur, personne ne lira ces tracts,ce qui rend le travail des Quangel encore plus pathétique. En fait, si, quelqu’un les lira : la gestapo. Et tout ça finira mal.

« Trois minutes plus tard, l’acteur Max Harteisen se trouvait dans la cage d’escalier, et, fort embarrassé, tenait une carte où étaient écrits ces mots : « Mère, le Führer m’a tué mon fils… »

« Juste ciel ! sedit-il, quel est donc l’homme qui écrit des choses de ce genre ? Il doit être fou ! Il risque sa vie. »

Involontairement, il retourna la carte. Mais il n’y avait aucune mention d’expéditeur ni de destinataire. […]

L’acteur leva la tête, au passage de l’ascenseur. Son premier mouvement fut de mettre la carte en poche. Sa ravisant aussitôt, il voulu la remettre sur l’appui de fenêtre. Mais, de l’ascenseur, ne l’avait-on pas vu et même reconnu la carte en main ? Si on trouvait celle-ci, comment pourrait-il prouver qu’il n’en était pas l’auteur ? »

Dans ce livre, l’espoir meurt, une lutte ridicule s’engage, personne ne gagne.

Matthieu

Samedi 29 janvier 2005

Loin du bordel médiatique déclenché par la commémoration de la libération des camps, loin de PPDA marchant en direct sur la voie de chemin de fer devant Auschwitz, un livre de Primo Levi à la main, loin des cérémonies commémoratives commentées (comment peut-on foutre des gens pour commenter une cérémonie), je vous propose quelques livres.

Le premier, « Laisse moi partir, mère » de Helga Schneider.

Je commence par la fin :

« tu restes encore un peu ? »me demande-t-elle avec une larme qui perle à l’angle de son œil droit.

Sa voix est parfois si triste,si humble.

« Oui.

-Je ne veux pas manger,reprend-elle. Je veux que tu restes encore avec moi. Tu restes encore longtemps ?

-Je reste encore… un peu,fais-je vaguement »

C’est l’histoire vraie de la rencontre entre Helga Schneider et sa mère, qui ne se sont pas revues depuis 27 ans, depuis 1971. Helga Schneider rend visite à sa mère, dans une maison de retraite.

Si elle a tant de mal à venir voir sa mère, à l’appeler maman, c’est parce que la mère de Helga Schneider était dans la SS, surveillante dans divers camps de concentration (Treblinka, Auschwitz…). Et cette mère ne regrette rien. Dans ce livre très dur, la fille et la mère vont se livrer à une sorte de chantage. La fille veut savoir, la mère veut en dire le moins possible. Pourtant, pour la retenir, la mère va lui raconter, par passages, en réponse à des questions. Elle va lui raconter le bordel d’Auschwitz, le zyklon B qui n’agissait pas complètement sur tout le monde, le 4ème four crématoire de Birkenau, celui qui n’avait pas de fours, mais qui était uniquement une fosse remplie de braise, les expériences médicales à Treblinka…

Helga Schneider veut savoir. Elle ne cherche pas à comprendre, car il n’y a rien à comprendre. Lors de leur rencontre en 1971, sa mère lui avait mis beaucoup de bijoux en or dans les mains « en cas de besoin ». Lorsque Helga Schneider a compris d’où venait cet or, elle l’a lâché, ce que sa mère n’a pas compris.

Cette mère qui avait abandonné ses enfants et son mari pour entrer dans la SS et devenir une terrible gardienne. Il suffit de lire les passages où elle justifie ses xxx contre les juifs. Elle va chercher à justifier la mort des enfants (de toute façon, explique-t-elle avec détachement, ils auraient grandi et donné des juifs adultes), ainsi que sa place au sein de la SS.

Cette mère se mettra à pleurer quand sa fille refusera de l’appeler maman, et va, tout au long de la rencontre, se livrer à un chantage, du style : je te raconterais les expériences médicales de Treblinka si tu m’appelles maman, je te parlerais du 4ème Krema si tu restes encore…

De ce jeu morbide, Helga Schneider ne tirera rien. Que faire face à une mère qui tente, par des arguments erronés, de justifier xxx. Elle n’en tirera rien,sauf ce livre dur et terrifiant.

Matthieu

Primo Levi disait qu' "il faudrait inventer un nouveau langage pour décrire Auschwitz". Ce langage n'ayant pas été inventé, il me manque des mots. C'est pourquoi il y a des xxx dans cette note, pour remplacer les mots que je ne trouve pas.

 

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